Que fait un prof en vacances ?

Quand je parle des vacances, je parle bien sûr des vacances d’été. Ces vacances qui sont souvent vues comme un privilège impardonnable pour les non initiés : ben oui être payé à ne rien faire, quelle chance !!! Sauf qu’on n’est pas payé pendant ces vacances ; comme tous les salariés, les profs ont 5 semaines de congés payés par an. Cela fait partie des raisons pour lesquelles, un certain nombre d’entre eux se sont insurgés lorsque les vacances ont commencé après le 1er juillet et s’insurgent régulièrement lorsqu’on leur parle de reprendre avant le 1er septembre !!! Mais je m’éloigne du sujet …

 Donc, comment les profs occupent ces 2 mois loin de leurs élèves ?

1ère phase : la décompression.

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L’objectif de cette phase est de se mettre en vacances. Même si la fatigue peut être importante en cette fin d’année, il est souvent difficile pour mon esprit de comprendre qu’il peut se mettre au repos. Cette phase est plus ou moins longue, suivant que je suis de correction de bac ou pas.

Lorsque je ne suis pas de correction, je peut me considérer en vacances à partir de la fin des épreuves écrites, c’est à dire autour du 20 juillet. Dans ce cas-là, j’ai le temps de décompresser avant que mes propres enfants soient en vacances et donc lorsque arrive juillet, j’en profite un maximum.

Si je suis de correction, comme cette année, je dois rester en éveil jusqu’au 10 juillet. Et c’est encore plus dur pour moi de me mettre au repos.

 

2ème phase : les vraies vacances.

Là ça y est, j’en profite pleinement et je ne pense (presque) plus à mes élèves et à l’année prochaine. C’est encore mieux si on part en famille loin de la maison.

 

3ème phase : se remettre au travail.

La date de cette remise en route dépend de la nécessité de préparation : nouveaux niveaux, changement de programme …

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Cela fait plusieurs années que je suis dans le même lycée, avec globalement les mêmes niveaux. Le dernier changement de programme date de 4 ans pour les terminales. Donc, d’après certaines personnes de mon entourage, je n’ai rien à préparer …

Sauf que :

  • des séances ont pu ne pas fonctionner ;
  • des remises à jour d’un point de vue connaissances sont nécessaires (et en sciences l’évolution est constante) ;
  • même si je conserve les mêmes niveaux, les élèves ne sont pas les mêmes. Un simple exemple : lorsque j’ai commencé à enseigner au lycée, les séances de cours magistraux étaient assez fréquentes ; cela fait un certain nombre d’années que je les ai limitées en nombre mais il faut aussi maintenant que je les limite en temps.
  • il faut intégrer les nouvelles technologies : je suis passée par les transparents réalisés à la main, puis imprimés (avec l’imprimante perso choisie exprès) puis les diaporamas type power point, les présentations type prézi… J’ai construit un site internet afin que mes élèves  puissent y retrouver les corrections, des documents supplémentaires, des fiches méthode, un forum bien utile au moment des révisions… L’année passée, j’ai expérimenté la classe inversée avec le niveau de 1ère L et ES (en gros, les connaissances sont vues à la maison sous forme de dossier, de petites vidéos, de recherches documentaires… et en classe on travaille sous forme de projets que l’on peut adapter pour faire de la pédagogie adaptée à chacun). Pour mes vidéos, je me suis mise au montage vidéo et j’ai ouvert ma chaîne Youtube. Pour continuer dans ce sens, je viens d’ouvrir une page Facebook et un compte Tweeter  rattachés à mon site afin d’y mettre des liens sur des articles intéressants, sur l’orientation, proposer des quizz afin de vérifier les connaissances. Mais tout ça, ça me demande de revoir complètement ma façon de fonctionner et donc reprendre mes cours, mes TP… Autant dire que cette année, la phase 1 et la phase 2, je les ai zappées allègrement puisque je n’ai même pas attendu les corrections pour m’y mettre !!!

Attention, je ne me plains pas : j’adore cette phase de réflexion et de construction. Ça me permet de me remettre le pied à l’étrier et j’en avais furieusement besoin après l’année que j’ai passée à essayer de tirer des élèves très peu motivés (surtout les TS). Mais comme je ne veux pas passer mon année à faire des préparations tous les soirs et les weekends (j’aurai bien assez des corrections), je n’ai pas le choix. En espérant que j’arriverai à accrocher un maximum d’élèves (voire tous) afin de les faire s’épanouir le plus possible !

 

 

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Qu’est-ce que j’apporte à mes élèves ? #2

Je vous avais laissé il y a quelques temps (oui je sais, très longtemps…) sur le constat que mon apport vis à vis de mes élèves ne situait sans doute pas les connaissances puisque notre enseignement morcelé ne permet pas de pérenniser les savoirs vus une ou deux fois.

Cela fait longtemps (au moins 15 ans) qu’en SVT, on travaille par acquisition de compétences (ce qui jusqu’à présent n’était pas le cas dans d’autres matières mais qui le devient avec la réforme du collège). Ces compétences sont, en plus du savoir :

  • s’informer
  • réaliser
  • raisonner
  • communiquer
  • et en lycée, se rajoute aussi, devenir citoyen.

Et je pense que c’est dans l’acquisition de ces compétences que je peux le plus apporter à mes élèves.

Je prendrai à part la compétence « Réaliser » qui est très spécifique aux sciences et elle est mise en oeuvre essentiellement au cours des travaux pratiques. Cela dit, à l’heure où une grande majorité des enfants ne font plus grand chose de leur 10 doigts, c’est loin d’être évident. Cette compétence les oblige à se mettre en mouvement, à s’organiser, à planifier et à être rigoureux.

Pour les autres compétences, leur utilité est plus universelle. A l’heure où les connaissances sont accessibles facilement (internet est mon ami …), les compétences « s’informer » et « raisonner » permettent de guider les élèves dans l’utilisation des sources multiples d’informations, savoir ce qui est utile de ce qui l’est moins, avoir un esprit critique vis à vis des différentes sources, pouvoir se faire sa propre opinion (ce qui rejoint « Devenir citoyen »)…

La compétence « Communiquer » est une compétence transdisciplinaire. Cela passe par l’écrit comme par l’oral, par le dessin et par tous les outils à notre disposition et, depuis quelques temps, l’offre du côté des outils s’est considérablement étoffée : du simple texte avec quelques schémas dessinés à la main, il n’est pas rare de leur demander de réaliser des présentations sous forme de diaporama ou de « Prézi », d’utiliser des applications permettant de réaliser des cartes à idées ou des infographies… Mon objectif ici, c’est que mes élèves soient capables de communiquer de la façon la plus adaptée possible ce qui rendra le plus audible possible le message qu’ils veulent faire passer. Et toutes ces techniques leur seront utiles dans leurs études supérieures mais aussi après (du moins je l’espère !!!). Un bémol toutefois à soulever : toutes ces formes de présentations sont chronophages, au moins le temps de maîtriser les logiciels ou les applications et on peut trouver certaines fois que l’on a autre chose à faire. Mais ça permet aussi de valoriser certains élèves qui sont un peu juste côté connaissances mais qui ont un don certain pour l’esthétisme. Il faut aussi trouver le bon dosage. Les terminales S viennent de passer les épreuves de travaux pratiques comptant pour le bac et là où ils ont le plus ramé, c’est dans le fait de communiquer les résultats d’expériences : beaucoup d’entre eux n’ont pas su s’ils devaient faire un tableau, réaliser un schéma d’une observation ou simplement un texte. Donc ce n’est pas encore gagné !!!

Ce que j’espère dans tout ça, c’est d’avoir fourni toutes les clefs à mes élèves pour savoir réfléchir, être autonomes et pouvoir tout simplement se dépatouiller dans le monde auxquels ils appartiennent et qui est en pleine mutation !

Lorsque mon établissement se transforme en agence de voyage …

avionJe viens de vivre une semaine assez particulière : elle a été banalisée pour y concentrer tous les voyages scolaires proposés au sein de l’établissement (collège et lycée). Pour le lycée, cela représentait pas moins de   5 voyages :

  • Italie (principalement pour les latinistes et les littéraires)
  • Pays bas (pour les premières et terminales ES)
  • Prague
  • Espagne (Barcelone et Valence)
  • Pondichéry (voyage humanitaire)

Durant cette semaine, certains secondes ont choisi de suivre un stage en entreprise alors que d’autres se sont vus proposés un stage de théâtre.

La direction a procédé à des regroupement de classes et à un aménagement des emplois du temps pour les élèves restant dans l’établissement.

Pour ma classe de TS, pas de grands changements mise à part qu’ils se sont retrouvés à 16 au lieu de 35 et que leurs journées ont été un peu allégées (une pause méridienne de 2 heures au lieu d’une et une fin à 16h). La semaine a donc été studieuse et productive avec une ambiance agréable dans l’ensemble des matières assurées.

Pour les classes de secondes, le regroupement a permis de faire 2 classes à partir de 5 et ils ont suivi un emploi du temps avec les professeurs restés dans l’établissement (donc pas forcément leurs professeurs habituels). Mais que faire de ces élèves qui n’en sont pas tous au même point dans le programme ? Pour beaucoup de mes collègues, cette semaine est considérée comme perdue et elle s’est passée dans la projection de films plus ou moins (plutôt moins que plus d’ailleurs) en relation avec leur matière !!!

Quant à moi, je n’ai pas pu me résoudre à suivre ce chemin : je n’ai pas passé un CAPES pour être projectionniste ou pour faire de la garderie !!! Mais quand on a dit ça, cela ne résout pas le problème : que faire avec ces élèves qui sont au final peu motivés pour travailler (et on peut les comprendre : leurs camarades prennent du bon temps alors qu’ils sont coincés dans une salle de classe !!!) et qui n’en sont pas tout à fait au même niveau dans leur programme.

J’ai décidé de faire en sorte de leur donner un petit avantage par rapport à leurs camarades vis à vis de la suite de l’année mais on l’a fait autrement que ce que je leur propose d’habitude : montage vidéo (à partir d’un film de Yann Arthus-Bertrant), carte heuristique (ou mind map) à partir des idées de la vidéo et petit concours d’infographies à partir d’une ou deux notions développées dans le film (les meilleurs infographies participeront à la déco du labo). Même si certains se sont révélés égaux à eux-mêmes (c’est à dire plus que pénibles), au final, tout le monde s’est pris au jeu du concours et au final je pense que je vais afficher toutes les infographies !!!

Le bilan de cette semaine n’est donc pas pour moi aussi négatif que ça mais cela m’a demandé un temps de préparation important; que je n’avais pas forcément …

Pour mes collègues, beaucoup se sont dits que l’année prochaine ils se débrouilleraient pour partir !!!

Quand la drogue s’invite dans ma classe.

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On a vécu une fin de période un peu mouvementée…

Les équipes pédagogiques de plusieurs classes se sont plaintes de l’état léthargique d’un certain nombre d’élèves, certains s’endormant littéralement en classe. L’établissement se trouvant dans un quartier où l’on sait qu’il y a du trafic en tout genre, notre chef d’établissement a demandé qu’une visite policière avec chien soit effectuée.

Cette opération a eu lieu un lundi matin, au lycée, au collège et à l’internat.

Résultat : 4 arrestations au lycée dont deux dans ma classe de TS (M. pour détention, N. pour détention et revente). Donc deux conseils de discipline :

  • M. a écopé d’une exclusion définitive avec sursis avec obligation de tests réguliers et un suivi psychologique ;
  • N. a été exclu mais intégrera l’autre établissement que notre directeur a en charge.

Cet événement a eu plusieurs impacts dans l’établissement et au sein de la classe :

  • dans l’établissement, cela a amené un peu de tension : à l’heure de l’hyperconnexion et comme l’opération a durée toute la matinée, certains élèves ont pu être prévenus et des visites aux toilettes ou à l’infirmerie se sont multipliées. Donc cela signifie que d’autres élèves auraient pu être inquiétés.
  • dans la classe, deux groupes se détachent : ceux qui ne semblent pas prendre la mesure des conséquences (par manque de maturité), ceux que l’intervention policière a impressionnés (surtout le travail du chien et sa ténacité).

 

Cela me pose aussi beaucoup de questions, sur mes élèves mais aussi sur moi :

  • sur mes élèves : j’ai des élèves qui dans l’ensemble ont plutôt l’air d’être bien dans leur peau, parfois un peu trop mais qui ne présentent pas de difficultés majeures dans la vie. La chose que je leur reproche le plus fréquemment est leur manque de maturité ce qui entraîne pour moi l’obligation de faire un plan de classe (en terminale !!!) pour éviter les bavardages intempestifs (voire même les interpellations d’un bout à l’autre de la classe). Pour N., les événements ne me surprennent qu’à moitié : il vit dans une famille très aisée (un père avocat et une mère diplomate, divorcés) mais peu attentive. Il a l’air souvent livré à lui-même et nous a avoué fumer de l’herbe depuis qu’il est en 4ème. Pendant, son conseil de discipline, lorsqu’il amenait ses arguments qui pourraient nous faire pencher la balance en sa faveur, il nous a dit que cet établissement représentait la stabilité pour lui. Je trouve ça très dur vis à vis de ses parents (présents à ce moment-là) et ça en dit long sur son état d’esprit. Pour M., c’est tout l’inverse : il vit dans une famille unie et très impliquée (mais qui cela dit n’a rien vu), sans trop impliquée. Il a 19 ans et est arrivé dans notre établissement en 1ère après deux années de 2nde chaotiques dans un établissement qu’il n’avait pas choisi. Il a accumulé un certain nombre de lacunes (alors que c’était un bon élève au collège) et ne semble pas mettre tout en oeuvre pour y remédier. Cependant, il semble équilibré, sportif, à un projet (et même un projet de secours)! J’étais loin de m’imaginer tout ça. J’avais mis sa léthargie sur le compte d’un manque de sommeil …
  • sur moi : je me sens assez déstabilisée par cette affaire : comment je n’ai pas su voir les sigk3950092nes ? Mais aussi, je me suis surprise à être suspicieuse envers d’autres de mes élèves. J’ai appris que, s’il n’y avait eu que deux prises dans ma classe, le chien s’était attardé auprès d’autres élèves (qui ont donc été en contact avec du cannabis). Donc potentiellement, il y a d’autres consommateurs dans ma classe. Je me suis mise alors à analyser autrement certaines situations et réactions. Mais je n’aime pas ça. Je considère avoir en face de moi des personnes qui méritent le respect comme tout à chacun. Mais ma confiance en a pris un coup… Et ça semble si simple pour eux de se procurer cette cochonnerie ! Et là, c’est mon cœur de mère qui parle : comment je pourrais protéger mes enfants de ça si même dans un établissement comme le nôtre (qui est loin d’être un établissement difficile) on peut si facilement se détruire…

Qu’est-ce que j’apporte à mes élèves ? #1

C’est une question récurrente, qui me vient souvent quand je fais un point sur les pré-requis, avant d’entamer un nouveau chapitre. J’arrive souvent en bout de chaîne : les terminales abordent des notions qui sont construites sur ce qu’ils ont déjà vu les années antérieures. Imaginez leurs réflexions quand je leur dis  qu’ils ont déjà vu tout ça en 2nde, en 3ème… ou pire encore en 6ème !!! « Mais Madame, c’était y a 3 ans … y a 6 ans !!! » ou pire encore « Ah ça Madame, on n’a jamais vu ! » Or je sais bien ce que mes collègues (ou même moi) ont abordé. Mais effectivement, lorsque l’on creuse un peu, il ne leur reste pas grand chose en terme de connaissances. Et là, je me prends la tête dans les mains et je pleure : « A quoi je sers ??? »

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Une part du problème vient, je pense, du fait que l’on a un enseignement très morcelé, avec des notions plus ou moins pointues, et du vocabulaire bien spécifique (difficile de replacer dans une conversation « cytoplasme », « hémicristalline » ou « complexe hypothalamo-hypophysaire » !!!).

Un exemple : en 6ème, on aborde la structure de la cellule. Même si on reparle des cellules dans les niveaux suivants, on ne reviendra sur cette notion de structure qu’en 2nde afin de la compléter. Et faire dire à un élève de seconde qu’une cellules est limitée par une membrane entourant un cytoplasme et dans lequel on trouve un noyau, c’est parfois bien compliqué.

On peut penser que cela vient aussi du manque de concret de ce qu’on enseigne à nos élèves. Un élève de 1ère S doit, normalement, savoir un grand nombre de points sur la synthèse des protéines mais quand, en terminale, on leur parle d’étamines et de pistil, ils ont du mal à comprendre qu’on leur parle des appareils reproducteurs de la fleur (sachant que pour certains d’entre eux la plante se résume à la fleur). Peut-être qu’il vaudrait mieux que l’on revienne aux « sciences naturelles » dans les classes de collège et que l’on aborde les notions plus pointues au lycée. Cela pourrait peut-être aussi réveiller leur curiosité.

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Quelles sont mes possibilités alors ? M’acharner à grand renfort d’évaluations de connaissances systématiques (QCM, définitions à ressortir…) ou abandonner et tant pis, les collègues reprendront ou les élèves cravacheront pour leur bac, moi j’ai fait mon travail ….

 

 

Le pourquoi du comment …

Cela fait 10 ans que j’enseigne dont 6 ans dans le même établissement. J’y suis bien installée, d’autant plus que je suis depuis cette année la titulaire la plus ancienne du labo. Du coup, c’est moi que l’on vient voir quand on a besoin d’un avis ou d’un renseignement. C’est flatteur mais cela implique aussi pas mal de responsabilité. Mais ce n’est pas pour me lancer des fleurs que je me retrouve derrière mon clavier.

Cela fait un ou deux ans que je me pose pas mal de questions sur ma pratique, sur ma relation avec mes élèves, sur l’impact (ou le non-impact) que je peux avoir sur eux… J’avais envie de mettre à plat mes questions, mes réflexions.